Entre tracasseries policières et crainte de l’effondrement, les usagers traversant le Chari ont massivement déserté le vieux pont colonial. Si le nouveau « Pont de la Refondation » offre modernité et sécurité, cet exode soudain transforme les heures de pointe en véritable calvaire pour les automobilistes, cyclistes et autres usagers, désormais piégés dans des embouteillages monstre.
À N’Djamena, le paysage de la circulation change, mais les nerfs des conducteurs restent à vif. Depuis l’inauguration du Pont de la Refondation, un phénomène frappe les observateurs : l’ancien pont, étroit et fatigué par les décennies, sonne désespérément creux. Pendant ce temps, de l’autre côté, le bitume neuf disparaît sous une marée de motos et de voitures.Ce qui devait être une alternative est devenu l’unique voie de salut pour des milliers de N’Djamenois. Mais ce choix n’est pas qu’une question de confort ; c’est une stratégie de survie.
Fuir le « racket » en uniforme Pour beaucoup, l’ancien pont est devenu synonyme de tracasseries. Si les usagers le boudent, c’est avant tout pour éviter les contrôles intempestifs. »Si de l’autre côté, douaniers et policiers arnaquent chaque jour sous prétexte de contrôler les pièces de nos engins », s’insurge un motocycliste, encore essoufflé par l’attente sur le nouveau pont.Pour ces citoyens, le détour par le nouveau pont est le prix à payer pour ne plus subir les demandes de « frais de passage » informels qui minent leur budget quotidien.
La sécurité : l’ombre du passé Outre les problèmes de corruption, c’est le poids de l’âge qui effraie. Construit avant les indépendances, l’ancien ouvrage inspire une méfiance croissante.Un sentiment d’insécurité physique face à une structure datant d’une autre époque.Une préférence naturelle pour la robustesse visible du béton neuf.« Si nous l’empruntions avant, c’était par manque d’option.
Aujourd’hui, avec ce pont neuf, nous disons au revoir à l’ancien pour notre sécurité », confie un chauffeur de taxi.Un goulot d’étranglement inévitableLe résultat de ce basculement massif est immédiat : aux heures de pointe, le Pont de la Refondation suffoque. Ce qui devait être une traversée fluide se transforme en une épreuve de patience, où le vrombissement des moteurs remplace le silence du pont déserté.La question reste désormais de savoir si une meilleure régulation des forces de l’ordre sur l’ancien pont et une expertise technique rassurante pourraient ramener l’équilibre sur le Chari.