En période de crise, les réseaux sociaux devaient être des outils de connexion et d’informations. Mais malheureusement au Tchad, ils se transforment en champs de bataille numérique où les discours de haine sapent la cohésion sociale. Organisations légalement reconnues, hommes politiques et simples citoyens, sont tous à des degrés divers, acteurs et victimes de cette utilisation nuisible, sous l’impuissance de l’État.

Cette pratique est récurrente, avec l’évolution des nouvelles technologies l’information et de la communication. Sur Facebook, tik-tok t et autres, plateformes reines au Tchad, les messages de la haines ou ceux non vérifiés se propagent à la vitesse de l’éclair. Des publications virales et inventées génèrent le plus souvent les vagues de paniques intitules. Ce phénomène est d’autant plus dangereux qui exacerbe des clivages ethniques, confessionnels et d’autres préexistent, transformant des incidents isolés en conflits potentiels. La manipulation de l’information à des fins partisanes, politiques ou pire, la promotion de récits extrémistes et de messages de haine, est une réalité qui ronge le tissu social au Tchadien.
Ces plateformes sont devenues le cirque principal de la rivalité politique tchadienne et un espace d’influence majeur pour diverses organisations légalement reconnues et à certains citoyens. Si cette visibilité offre des opportunités de dialogue et de mobilisation populaire, elle s’accompagne aussi d’une instrumentalisation préoccupante, particulièrement en cette période de crises intercommunautaires que traverse le Tchad.
En période de crise, certains acteurs politiques n’hésitent pas à les utiliser pour attiser les flammes de la colère et de la frustration. A en croire, des messages incendiaires, des accusations infondées, ou la diffusion sélectives d’informations biaisées créent un climat de méfiance et de polarisation, rendant toute résolution de crise la plus ardue.
Au-delà des sphères politiques et organisationnelles, chaque utilisateur à sa part de responsabilité. La propagation des rumeurs, de messages de haines ou d’autres formes de menaces est un fléau quotidien.
Par ignorance ou par malveillance, certains individus voire des plateformes organisationnelles partagent de contenus sans vérifier les sources ou la véracité, et dont ces rumeurs prennent vie, avec des conséquences parfois dramatiques.
Il est impératif que les utilisateurs des réseaux sociaux au Tchad développement un esprit critique et adoptent des réflexes de véracité. L’enjeu est de taille : il s’agit de préserver la confiance, d’assurer une information juste et de garantir que, même en période de crise, les réseaux sociaux soient une force, et non un amplificateur du chaos. Le Tchad mérite une information fiable pour construire son avenir.
Cadre juridique, entre ambition et défis
Si la loi loi tchadienne prévoit des sanctions pour l’atteinte à la diffusion des fausses nouvelles et de messages de haine, leurs applications restent un défi face à l’ampleur du phénomène. Le Tchad dispose d’un certain nombre de textes législatifs visant à encadrer le secteur des communications électroniques et, par extension, l’utilisation des réseaux sociaux. Mais la capacité des organes de régulation à contrôler et modérer efficacement tous les contenus litigieux, notamment les discours de haine, est limitée, ou du moins ces organes laissent faire.
La loi N0 009/PR/2015 et l’ordonnance N0 00/PCMT/2022, ciblent spécifiquement les infractions commises via les systèmes d’informations et les réseaux de communication électroniques. Elles prévoient des sanctions pour des actes comme la diffusion de fausses nouvelles, l’atteinte au droit à l’image, et, implicitement, la propagation de discours de haine ou l’incitation à la violence en ligne. Bien d’autres textes et ordonnances comme ceux, là sont restés dans les tiroirs. Bien que L’agence Nationale de Sécurité Informatique et de Certification Électronique (ANSISE) et L’autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes (ARCEP), ont été créées pour mettre en œuvre une politique de sécurité des systèmes d’informations, de lutter contre la cybercriminalité et l’encadrement des opérateurs de réseaux et de services. Mais, ces grandes institutions, sont loin d’accomplir leurs missions régaliennes. Au lieu de jouer leur rôle de régulation, ces dernières se lancent dans le musèlement, privant ainsi les citoyens au droit à l’information et à la communication par les canaux électroniques. Plusieurs autres autorités proches du pouvoir menaçaient le plus souvent les utilisateurs des raisons sociaux qui donnent leurs avis sur la mauvaise gestion du chef de l’État et de son gouvernement. Face à ces défis, le Tchad est à la croisée des chemins. L’évolution de la régulation de ce secteur et de son cadre juridique, est loin d’être accomplie.
Racine Infos.com