Par décret N0 2835/PCMT/PMT/MSPSN/2022 du 5 septembre 2022, il est strictement interdit l’importation, la fabrication, la détention, la circulation, la vente, l’offre et la consommation de toutes les boissons alcoolisées frelatées. Ce décret a déterminé que les contrevenants à cette pratique s’exposeront à des sanctions des peines d’emprisonnement et des amendes. Cependant, il est paradoxal, et même alarmant de constater que des sachets de ces liqueurs interdites portent des adresses et des boites postales situées à N’Djamena la capitale du Tchad, et Moundou dans le Logone Occidental, qui rassurent les consommateurs.

L’interdiction d’importation et de consommation des liqueurs frelatées par l’Etat tchadien, est une mesure de santé Publique, visant à protéger la population des risques graves associés à ces produits dangereux. Pourtant, la persistance de leur circulation dans les villes tchadiennes, parfois avec des indications d’origine localisée à N’Djamena la capitale, et à Moundou dans le Logone Occidental, soulève des questions légitimes et met en lumière les défis complexes de l’application de la loi face à un marché illicite tenace. Cette contradiction n’est en aucun cas une farce ; il est le signe d’une matérialisation socio-économique sécuritaire complexe. « Jimmy Ennergy Drink. Unique Star Industry Sarl. BP 192 N’Djamena Tchad », peut-on lire sur le sachet des liqueurs frelatées de 40% de vol d’alcool, de 60 ml dans ce sachet. Sur un autre sachet de vin frelaté, il est mentionné « « King Albert », Society Ritco Sarl, Moundou, vente en République du Tchad ».

L’illusion de l’adresse locale qui trompe les consommateurs au Tchad
La vente et la consommation de ces liqueurs prospèrent au Tchad, grâce aux mystères des indicatives locales qui rassurent ces consommateurs. A en croire, le fait que ces sachets portent des adresses ou boites postales situées au Tchad est loin d’être anodin. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer cette situation. Sont-elles des opérations clandestines ? Une Stratégie de façade ? Ou des défis de surveillance et de l’application du décret d’interdiction ?
L’indication des adresses locales sur certains sachets peuvent également être des tentatives de donner une apparence de légitimité à ces produits ou de les rattacher à un territoire connu, pour rassurer les acheteurs de brouiller les pistes des enquêtes et de luttes. « Désormais, nous consommons local, notre pays à tout. Il faut lire sur ces sachets, c’est fabriqué au Tchad. C’est pas les liqueurs en sachets du Nigeria et du Cameroun, produites à base des produits dangereux », se déchaine un consommateur, dans un débit de consommation des liqueurs frelatées à Paris Congo dans le 6eme arrondissement de la commune de N’Djamena. Ce jeune consommateur, est loin de comprendre que ces produits sont importés, suite aux écritures sur les sachets indiquant les boites postales et autres adresses locales. « On voit qu’ils ont mis des adresses, même si ce n’est pas la vraie usine là-bas, ça rassure un peu, o, se dit que se fait ici par les Tchadiens », confie une vendeuse de rue dans le quartier Dembé. Un sentiment partagé par plusieurs de ces clients, assis sur les bancs installés à proximité de son étal. Quand il y a des adresses sur ces sachets, on a l’impression que c’est moins dangereux pour la consommation, c’est des entreprises qui existent », explique Rilengar S, consommateur.
Sur plusieurs autres sachets de ces liqueurs, ce sont des publicités mensongères comme quoi, quand l’on consomme ces produits, il devient fort. Ce sont ces publicités qui attirent de plus en plus des consommateurs, majoritairement jeunes de ces alcools dangereux. Cette stratégie de marquage mis en place par des producteurs inconnus des consommateurs, vise clairement à créer une illusion de légitimité de proximité. En affichant des adresses locales, même fictives, les fabricants tentent de contourner la méfiance auto-proclamée, qui paradoxalement, semble fonctionner dans une importante partie de la population Tchadienne.
Ce phénomène souligne également l’importance cruciale de la sensibilisation. Si les consommateurs savaient que ces adresses sont souvent fausses ou que le produit reste illégal et potentiellement dangereux, même avec des étiquettes, cette fausse confiance pourrait être évitée.
Il est essentiel de comprendre que la présence d’une adresse sur un emballage ne garantit en rien, la qualité ou la sécurité d’un produit, surtout lorsqu’il s’agit d’articles interdits par la loi. La lutte contre ces liqueurs et vin en sachets ne doit pas donc se limiter à leur saisie et leur répression, mais doit aussi passer par une éducation du public sur les risques réels et les stratagèmes utilisés par les vendeurs illégaux.
Défis de la surveillance et de l’application
L’ancien procureur Oumar Mahamat Kedelaye qui s’agite le plus souvent lors des présentations des présumés malfrats et vendeurs de ces produits, lors des incinérations de quelques échantillon, doit plutôt s’attaquer à ce phénomène à la racine et non cracher ses venins sur les pauvres détaillant en chemin.
Selon nos informations, une entreprise Chinoise dont le nom reste encore anonyme, procède à la réception des dossiers des jeunes depuis quelques semaines, en vue de leur recrutement pour le travail dans une usine de fabrication des liqueurs qui serait implantée à Toukra dans le 9eme arrondissement de la commune de N’Djamena. « J’ai déposé mon dossier ici, pour attendre un éventuel appel à un recrutement pour le travail dit-on dans une usine de fabrication d’alcool, j’espère que ce sera une chance pour moi de gagner quelque chose à la fin de chaque mois », lance un jeune diplômé sans emploi, rencontré sur le lieu. Comme lui, plusieurs autres jeunes ont manifesté leur ambition de travailler dans cette entreprise.
Les plus hautes autorités sont interpellées pour déterminer la question de l’étonnante vérité derrière les sachets de liqueurs qui circulent en toute illégalité
Racine Infos.com