
Plus d’une décennie après son adoption, le système Licence-Master-Doctorat (LMD) peine à s’imposer pleinement dans les universités tchadiennes.
Mis en place au Tchad il y a plus d’une décennie, le système Licence-Master-Doctorat (LMD) peine à s’imposer pleinement. Malgré son adoption officielle, de nombreux défis entravent sa mise en œuvre effective, liés notamment à une maîtrise insuffisante des mécanismes de cette réforme et à un non-respect des textes réglementaires.
Ce système, inspiré du modèle européen Bachelier-Master-Doctorat (BMD), vise à moderniser l’enseignement supérieur et à l’adapter aux normes internationales. Il a été introduit en Afrique subsaharienne, dont le Tchad, dans l’objectif de répondre aux besoins de développement en offrant une formation de qualité, plus flexible et mieux adaptée au marché du travail.
Malgré son adoption officielle, le système LMD au Tchad est entaché par de nombreux dysfonctionnements et une application superficielle. Comme l’a souligné un enseignant-chercheur du département des lettres modernes, sous couvert d’anonymat, « plusieurs enseignants tchadiens ne maîtrisent pas les fondements du système LMD. Ils agissent par tâtonnement, ce qui engendre des erreurs de calcul lors de la proclamation des résultats et, par conséquent, de nombreuses réclamations de la part des étudiants, eux-mêmes souvent déroutés par ce nouveau système. Il est urgent que le ministère organise régulièrement des formations et des sessions d’information pour remédier à ce manque de connaissances, particulièrement répandu parmi les enseignants-chercheurs.
L’enseignant-chercheur a souligné que, plus de dix ans après l’adoption du système LMD au Tchad, de nombreuses universités publiques et privées, ainsi que des écoles professionnelles, continuent d’appliquer les anciens cursus. Cette situation révèle un décalage entre les textes officiels et la réalité du terrain. Selon notre source, l’instauration du système LMD et la création d’une école doctorale devraient inciter le gouvernement tchadien à intensifier ses efforts pour rattraper ses voisins de la sous-région qui ont déjà fait de grands progrès dans ce domaine.
En ce qui concerne les relations entre les établissements d’enseignement supérieur publics et privés, il existe un cadre légal régissant leurs interactions. Toutefois, des dysfonctionnements semblent persister, notamment en matière d’application des textes relatifs à l’enseignement supérieur. Il est donc nécessaire de mener une analyse approfondie de ces relations afin d’identifier les éventuelles irrégularités et de proposer des solutions pour améliorer la coordination entre ces deux secteurs.
En 2013, l’ancien recteur de l’université de N’Djamena, et par ailleurs fondateur de l’université HEC Tchad, Dr Ali Abderrahmane Haggar a tenté d’introduire les étudiants ayant obtenu leur licence dans son institut privée, de poursuivre le cycle master à l’université de N’Djamena, mais Cette décision a suscité une vive opposition de la part des étudiants et des enseignants, qui ont immédiatement manifesté leur mécontentement pour contraindre le recteur à revenir sur sa décision.
Le refus d’intégrer les étudiants des universités privées dans les établissements publics tchadiens constitue une injustice persistante. Cette décision, arbitraire et non justifiée par des critères objectifs, pénalise de nombreux étudiants méritants. Alors que certaines universités privées offrent des formations de qualité, le ministère de l’Enseignement supérieur maintient une politique restrictive qui semble davantage répondre à des considérations idéologiques qu’à des impératifs pédagogiques.
Pourtant, les étudiants tchadiens titulaires d’une licence ou d’un master peuvent s’inscrire dans les universités publiques des pays voisins membres du CAMES. Mais au Tchad, une barrière infranchissable sépare les étudiants des établissements privés et ceux des universités publiques. Cette situation, inexplicable et injuste, est d’autant plus surprenante que les diplômes délivrés par les universités privées tchadiennes sont reconnus par l’État. Le président du Conseil d’Administration de l’Université la Francophonie, Dr Allamaye Golbey Levi a récemment attiré l’attention sur cette incohérence, mettant en évidence le caractère discriminatoire de cette politique. Il est temps que les autorités tchadiennes revoient cette pratique et s’alignent sur les standards régionaux en matière d’enseignement supérieur.
Dr Allamaye Golbey Levi a notamment dénoncé la politique d’exclusion qui frappe les étudiants issus des établissements privés. Cette situation qui contraste avec les pratiques de nos voisins, est une atteinte grave au principe d’égalité des chances et pourrait compromettre l’avenir de notre pays.